24 06 21

Rommel contre Montgomery

Deux visions de la guerre du désert

Le Feldmarschall Rommel et le maréchal Montgomery, de leur vivant, appartiennent à la légende de la guerre du désert comme chefs respectivement des troupes allemandes d’Afrique et de la VIIIe armée britannique. Rommel n’a pas survécu à la guerre, mais laisse des Carnets, publiés à titre posthume sous le titre La guerre sans haine. Montgomery a poursuivi sa carrière militaire après-guerre et a rédigé des mémoires, Avec la VIIIe armée. Outre la lutte militaire, le style des mémoires et leur contenu opposent les deux hommes.

Malgré de très lourdes pertes causées aux unités alliées, le rapport de force n’est pas modifié. La supériorité matérielle des Alliés est toujours écrasante : vingt contre un pour les blindés ! ».

Lettre d’Erwin Rommel à sa femme, 26 février 1943.

Deux profils psychologiques, pour deux styles tactiques

Physiquement, Erwin Rommel et Bernard Montgomery ne sont pas très grands mais plutôt secs, spartiates dans leur mode de vie et très résistants. Jeunes, ils étaient incontestablement des guerriers audacieux, voire un bagarreur dans le cas de Montgomery. Si avec le temps, Montgomery se modère et finit par avoir la réputation d’un général prudent, voire trop prudent, Rommel se caractérise toujours par un style de commandement en avant, quitte à s’exposer. Si Rommel évite les propos graveleux dans ses rapports avec son état-major, Montgomery fait preuve d’un humour tranchant et cherche la popularité dans la troupe. Dans ses mémoires, le vice-amiral Ruge, qui a connu Rommel durant son commandement en France après la guerre du désert, le décrit comme aimable et cordial, bon camarade. Rommel sait jouer de la presse qui, dans le cadre d’un État totalitaire, lui est favorable et constitue le mythe exotique de la guerre du désert. Montgomery a le sens de la « pose », avec ses chapeaux divers au début de son commandement en Égypte, avant d’opter définitivement pour le béret noir. Néanmoins, dans le cadre d’une presse anglo-saxonne libre et critique, il commet un certain nombre d’impairs. Il ne sait pas répondre aux critiques de la presse américaine pendant la campagne de Normandie, où il a pris sur lui de retenir le gros des Panzer allemands pour favoriser la manoeuvre américaine à l’aile droite. En janvier 1945, après la crise de la bataille des Ardennes, il critique ouvertement les généraux américains et manque d’être relevé de son commandement.

Dans ses écrits, et particulièrement dans ses Carnets de guerre publiés à titre posthume sous le titre La guerre sans haine par son fils Manfred, Rommel a le sens du détail, de l’analyse tactique et rend passionnant un récit. Il est confronté aux difficultés d’une guerre de coalition avec les Italiens placée sous le signe de la déception et aux impératifs d’un dictateur à qui il doit rendre compte personnellement. Hitler d’ailleurs se montre le plus souvent compréhensif aux besoins de Rommel, alors qu’un Goering se montre irréaliste et arrogant. Rommel ne cache pas ses problèmes de santé et ses périodes de convalescence soucieuses, car le combat n’a pas de trêve.

Montgomery est très sec. Aucun rapport humain ne transparaît, le récit semble abstrait. L’analyse tactique ou la géographie militaire sont succinctement évoquées, alors qu’il clôt ses campagnes avec la VIIIe armée par un long exposé logistique. Dans les écrits des deux hommes se dessinent deux profils de chef : Rommel le tacticien, Montgomery le logisticien. Le premier a gagné ses combats par la manoeuvre, le second par la supériorité matérielle et logistique.

La bataille d’El Alamein

Au cours de l’été 1942, l’Axe néglige la prise de Malte, verrou de la Méditerranée pour tâcher de prendre Alexandrie : c’est la tâche de Rommel avec la Panzerarmee Afrika et ses alliés italiens. Il recherche une bataille d’anéantissement et boute les Anglais vers l’Est sur la ligne dite d’El Alamein. Montgomery qui prend ses fonctions le 13 août pendant une pause logistique de l’offensive Rommel, prend la mesure de la démoralisation anglaise : « Je décidai qu’il fallait commencer, tout de suite et avant toute autre chose, la formation, l’équipement et l’entraînement d’un corps de réserve, comprenant une forte proportion de blindés ». Il reconnaît copier le modèle de l’Afrika Korps, formé de deux Panzerdivisionen. L’autre décision qu’il prend est de ne pas céder de terrain à Rommel. Le corollaire est de constituer des dépôts d’eau, de vivres, d’essence et de munitions dans la zone défensive et de défendre la crête d’Alam-Alfa au sud de la petite gare d’El Alamein. Montgomery ordonne de combattre en regroupant les divisions et non en brigades séparées, ce qui avait permis à Rommel de battre les Anglais au détail jusque-là. Montgomery a réuni l’armée et l’aviation dans un seul état-major. Ce regroupement est favorisé par le resserrement sur un front d’une quarantaine de kilomètres appuyé au sud sur le djebel Somara.

La rencontre avec Rommel a lieu pour la première fois lors de la bataille dite d’Alam-Halfa (30 août-7 septembre). Montgomery abandonne à Rommel la limite occidentale des champs de mines et se replie pour constituer une masse de manoeuvre et préparer une offensive à laquelle Rommel ne s’attend pas avec des forces logistiquement épuisées. Pendant la préparation de la bataille, Rommel, opéré du foie, délègue au général Stumme la mission de fortifier le secteur d’El Alamein en créant les « champs du diable », réseau de mines et de barbelés : «… il nous fallait, à tout prix, empêcher les Britanniques d’effectuer une percée, car nous étions incapables de mener une bataille défensive mobile ». Montgomery veut utiliser la pleine lune qui commence dans la nuit du 23 au 24 octobre, au chef que tout débordement par le sud étant impossible, il lui faudra créer des brèches dans les champs de mines adverses. Le secteur Nord — le mieux défendu — est choisi pour la percée. Le mois de septembre est utilisé par Montgomery pour leurrer l’ennemi par des concentrations de camions et de canons factices tandis que les vrais dépôts sont camouflés. Un faux pipe-line est construit vers le sud, feignant une attaque dans ce secteur. Un corps blindé doit attirer les Panzer vers le sud. Une puissante concentration d’artillerie appuyée par l’aviation doit précéder l’assaut de l’infanterie. La RAF doit préalablement avoir la maîtrise de l’air.

Le Premier ministre britannique Winston Churchill en visite sur le front d’Afrique en compagnie de Montgomery (ici en 1942). Churchill nomme d’abord comme commandant de la 8e armée Willima Gott, qu’il préfère à Montgomery pour sa fougue (Gott est alors surnommé le « mitrailleur »). Mais Gott est tué par la Luftwaffe et remplacé par Montgomery malgré les réticences de Churchill.

Vainqueur et vaincu

C’est le moral qui importe le plus à Montgomery. Il établit un rapport de connaissance et de confiance avec ses hommes : « Une caractéristique essentielle de mon plan était que tous les chefs de l’armée apprendraient de ma propre bouche la manière dont j’entendais combattre, les résultats que j’escomptais, et quelles étaient les principales difficultés qui probablement surgiraient. Je fis le tour de l’armée pour parler aux officiers ». La bataille est difficile et Montgomery doit revoir certaines dispositions devant des réseaux de barbelés et des champs de mines solides, mais les blindés allemands sont bloqués dans leur remontée vers le nord.

Tunisie, janvier 1943. Un char Tigre du 501e bataillon de chars lourds a été mis hors de combat par les Alliés. Les Tigre doivent renforcer la situation de l’Axe suite aux revers à El Alamein. Mais la supériorité logistique alliée a raison de l’Afrika Korps.

Du côté allemand, Rommel est absent au début de l’offensive et son remplaçant, Stumme, meurt dans l’après-midi du 24 octobre. Le lendemain, Rommel arrive, reconnaît-il, peu sûr de lui. De titanesques barrages d’artillerie britannique cassent les contre-attaques allemandes et la RAF intervient même de nuit. Rommel déclare que si sa situation en ravitaillement « frisait la catastrophe… La tactique employée par les Britanniques était conditionnée par leurs stocks de munitions, apparemment inépuisables ». Après le « grignotage », Montgomery s’apprête à frapper un grand coup. L’opération Supercharge commencée le 2 novembre et menée contre les Italiens, à 4 kilomètres au sud des Allemands, oblige Rommel à décrocher le lendemain. Ce plan d’action ressemble à Austerlitz. Voici comment Montgomery commente sa victoire : « Les forces de l’Axe en Afrique du Nord avaient subi une écrasante défaite, et seule la pluie des 6 et 7 novembre les préserva d’un anéantissement complet. Quatre divisions allemandes d’élite et huit divisions italiennes avaient cessé d’exister en tant que formations de combat. Nous avions fait 30 000 prisonniers, parmi lesquels se trouvaient neuf généraux ». La principale erreur de Rommel selon Montgomery est d’avoir continué à se battre sur place au lieu de se retirer. Il ignore la pression qu’Hitler exerce sur Rommel, ordonnant de tenir sur place avec « la victoire ou la mort » pour alternative : « Le 3 novembre marquera une date dans l’histoire de cette guerre. Ce jour-là, il devint évident, non seulement que la fortune des armes abandonnait nos drapeaux, mais qu’à dater de ce moment la liberté de décision de l’armée serait limitée à l’extrême par des interventions continuelles des autorités suprêmes dans la conduite des opérations ». Les replis en cours sont suspendus. Rommel ordonne néanmoins la retraite le 4 novembre à 15 h 30, après la capture du général von Thoma, chef de l’Afrika Korps.

Lorsque Montgomery prend le commandement de la 8e armée en août 1942, il transforme radicalement les méthodes de commandement mais aussi les relations avec la troupe, Il dénigre d’ailleurs ouvertement son prédécesseur, Claude Auchinleck. Passant beaucoup de temps parmi ses hommes, « Monty » cherche d’abord à se faire connaître.

Lieut General Bernard Montgomery newly appointed commander of the 8th Army seen here discussing tactics with officers from the 22nd Armoured Brigade, to the right of Montgomery is Lieut General Horrocks. August 1942 (Photo Daily Mirror Archive / Crown / Mirrorpix).

Poursuite et retraite vers la Tunisie

Après El Alamein, Montgomery a trois considérations : A/ poursuivre sans laisser de répit à l’ennemi, B/ installer l’aviation sur des aérodromes avancés pour « jeter le désordre dans l’ennemi en retraite », C/ faire suivre l’intendance et occuper le port de Tobrouk. Ce dernier est atteint le 13 novembre, et Benghazi le 20 : la Cyrénaïque est conquise. Rommel livre quatre batailles de retardement à Montgomery : El Agheila qui ouvre la Tripolitaine (13 décembre), Bourat au centre de la Tripolitaine (15 janvier 1943), Médenine et sur la Ligne Mareth aux portes de la Tunisie (6 et 20 mars). Le principal problème de Montgomery reste le ravitaillement, soit 1 400 tonnes par jour en décembre avec Tobrouk à 700 kilomètres en arrière d’El Agheila. Au plan tactique, Montgomery ne change pas : « Je ne pouvais, à cette époque, risquer une bataille qui pût entraîner de lourdes pertes. Il me faudrait compter sur le feu de mon artillerie et sur les bombardements aériens, et réduire mes pertes au minimum ». Selon Montgomery, Rommel a le même problème d’intendance à El Agheila et préfère décrocher.

En Tripolitaine, le problème subsidiaire est le manque d’aérodromes : « En de très rares occasions j’eus à choisir entre l’arrêt de l’avance et l’abandon de la couver-ture aérienne sur les éléments de tête ». Rommel note que ses troupes gardent la même valeur combative et les réactions de Montgomery sont « toujours assez lentes. » Le repli sur la Tunisie est un avantage stratégique pour Rommel qui se conçoit depuis le débarquement américain au Maroc en novembre 1942: « Il nous devenait possible, en utilisant nos lignes de communications intérieures, de rassembler nos forces motorisées pour attaquer les forces britanniques et américaines en Tunisie occidentale, et peut-être même les obliger à se retirer ». La victoire de Rommel sur les Américains à Kasserine (14-21 février) inquiète Alexander qui demande à Montgomery d’attirer sur lui les Allemands, ce qu’il fait dès le 20. Rommel, malgré sa victoire, reste impressionné par le matériel de l’ennemi : « L’équipement américain était prodigieux ». A Médenine, Rommel lance une contre-attaque avec tous ses blindés, mais selon Montgomery il « a laissé passer l’occasion », car il a trop tardé de trois jours. « Sans barbelés ni mines, notre infanterie, avec un puissant appui d’artillerie, avait repoussé une attaque menée par trois divisions Panzer et n’avait subi que des pertes légères ». Pour percer la Ligne Mareth, Montgomery demande au IIe corps US venu d’Algérie de faire une diversion qui fixe une Panzerdivision plus au nord. Montgomery juge durement Rommel : « Comme à El Alamein, Rommel lança ses réserves dans la bataille par petits paquets, et lorsque la bataille s’engagea, ses forces blindées étaient trop dispersées ». Dans ses mémoires, Montgomery pense encore vaincre Rommel par une attaque nocturne sur l’oued Akarit (6 avril), mais dès le 9 mars, Rommel, malade et reparti en Allemagne, est remplacé par von Arnim. Le 13 mai, la campagne d’Afrique du Nord est terminée.

Questions techniques : deux approches

Rommel excelle à décrire les situations tactiques et donne des chiffres. Il juge ainsi que la faiblesse de l’adversaire est due à « la structure ultra-conservatrice de leur armée, parfaite pour la guerre de position, mal adaptée à la guerre du désert ».

Montgomery aborde très brièvement les questions tactiques et ne les voit que sous un angle opérationnel, soit à son échelon de commandement. Un bon historien de la guerre du désert apportera plus de détails que lui sur les matériels et les méthodes de combat de la VIIIe armée. Pour l’aviation, il se contente d’un hommage appuyé dans son introduction dont il reconnaît le rôle « véritablement considérable » : « La Desert Air Force et la huitième armée formaient une équipe unie ; elles étaient ensemble une seule machine de guerre ». Rommel détaille davantage les effets de la RAF sur ses forces. Pour lui, le tournant est l’arrivée à Suez début septembre 1942 d’un convoi de 100000 tonnes qui renverse la situation aéroterrestre : « Nous devions nous attendre à voir l’adversaire mener une guerre d’usure du haut des airs. Tactiquement parlant, l’ennemi disposerait de bien des avantages. La maîtrise totale de l’air lui permettrait d’obtenir des renseignements extrêmement complets, recueillis par ses appareils de reconnaissance ». D’après Rommel, le rétablissement de la situation dépend de l’équilibre dans les airs, fait impossible. Il conclut après une longue analyse : « Dans toutes les batailles à venir, la supériorité sans partage de l’aviation anglo-américaine allait emporter la décision ».

Montgomery écrit un chapitre entier sur les questions logistiques. Il note qu’à son arrivée, l’intendance avait acquis une grande expérience du ravitaillement des unités de la guerre du désert. Des modifications des règlements du temps de paix ont été apportées, comme la constitution d’importants dépôts à l’avant, préférables à des trains de ravitaillement pendant les périodes de guerre de progression. Montgomery note que le risque de constituer des dépôts de l’avant est de les voir capturés par l’ennemi dans la défaite, mais il ajoute, non sans immodestie : « Pour ma part, j’ai toujours préparé mon plan de campagne en me basant sur l’hypothèse que je remporterais la victoire ». Si au cours des batailles d’Alam Halfa et d’El Alamein, la VIIIe armée combat près de ses bases, la poursuite vers la Tunisie est dirigée par des considérations logistiques, Montgomery imposant une gestion spartiate des moyens et une réduction des personnels logistiques. Ces considérations d’intendance expliquent la progression par bonds de la VIIIe armée.

Montgomery a un style radicalement opposé à Rommel, partisan de l’avance à outrance : « Les commandants d’unités pleins d’allant ont une tendance, louable et naturelle, à se porter le plus loin possible en avant. Lorsque le ravitaillement est difficile, cette tendance doit être découragée ; elle empêche la constitution de réserves et il est impossible dans ces conditions de monter quelque attaque puissante ».

Au final, les faits ont donné raison à Montgomery. Pour autant, Rommel ne méprise pas les considérations logistiques, même s’il les aborde de façon plus synthétique que Montgomery. Ainsi, l’échec à El Alamein est d’abord selon lui d’ordre logistique. Au cours des huit premiers mois de 1942, seuls 40% des besoins minima sont couverts : « la maladie dont nous souffrions avait pour cause le manque de sens des réalités, l’absence d’initiative et de force de volonté du commandement logistique. Jamais nous n’avons pu obtenir que de grandes unités de la flotte de guerre italienne fussent employées à la protection des convois ou même à l’acheminement des approvisionnements. L’essence était apparemment mieux employée par les taxis de Rome. Jamais nous n’avons pu obtenir la mise sur pied ni le déclenchement d’une attaque contre Malte ».

Après l’échec de « l’aventure africaine » Rommel est nommé responsable du Mur de l’Atlantique face à la menace de débarquement allié. Il préconise notamment une bataille sur les plages lors du Jour-3 qui selon ses propres termes, sera « le jour le plus long ».

Rommel inspecte une batterie côtière sur le Mur de l’Atlantique. Le 17 juillet, il est grièvement blessé suite au mitraillage de sa voiture par un avion allié. Impliqué dans l’opération Walkyrie visant à tuer Hitler, Rommel doit se suicider pour éviter la déportation à sa famille. Officiellement, le « Renard du désert » est mort des suites de son accident de voiture. Le régime nazi lui organise des funérailles nationales.


Pourquoi Rommel s’est aventuré à El Alamein

La poursuite de Rommel jusqu’à son épuisement final devant l’Égypte pendant l’été 1942 est interprétée souvent comme une erreur classique de surextension logistique. Il est facile de juger après les faits, renseigné par l’Histoire avec plus d’éléments en main que les commandants d’alors. L’attitude de Rommel s’explique par son analyse de la défaite du général Graziani en 1940 face aux Anglais. Après des succès initiaux, Graziani arrête son mouvement en septembre 1940 à Sidi el Barani pour y constituer une base d’opérations contre l’Égypte. Rommel conclut « Quand on laisse tout leur temps aux chefs des services et aux fonctionnaires civils pour organiser le ravitaillement, les choses risquent de ne pas avancer très vite ».

Après quelques semaines d’attente, Graziani est surpris à la fin septembre par la contre-attaque du général Wavel qui lance d’abord une offensive aérienne avant un débordement par le Sud (ce qui deviendra le style Rommel dans la guerre du désert). Wavel après avoir pris Tobrouk et la Cyrénaïque, s’avance à la limite de la Tripolitaine et commet la même erreur que Graziani : il s’arrête en février 1941. Rommel interprète faussement cet arrêt comme logistique, alors que Churchill a demandé des renforts pour la Grèce à Wavel, le privant des moyens de l’offensive. Rommel n’en commente pas moins « Quand un chef militaire a remporté une victoire décisive il commet habituelle-ment une erreur en se contentant d’un objectif stratégique trop limité. Il faut exploiter le succès… La raison invoquée pour renoncer à une poursuite est presque toujours celle que donne l’officier chargé du ravitaillement, dont les moyens de transport ne suffisent plus à couvrir assez vite ses lignes de communication allongées ». Rommel fustige les capacités d’improvisation « souvent nulles » des officiers d’intendance. C’est pourquoi, il s’obstine à vouloir avancer vers Alexandrie après la prise de Tobrouk, contre l’avis de son supérieur Kesselring qui s’inquiète des attaques anglaises depuis Malte contre la logistique axiste et des risques de surextension logistique.

Valable lors des deux premiers cas, l’avance à tout prix s’avère dangereuse pour l’Axe aventuré à la frontière de l’Égypte. La différence est que l’ennemi est autrement plus fort et que Rommel n’a pas les moyens d’une poursuite serrée. Avant même l’arrivée de Montgomery, l’occasion est perdue faute de moyens. Malte sauve la VIIIe Armée.


Rommel : le « Renard du désert »

Erwin Rommel (1891-1944) est le fils d’un professeur de mathématiques. Cadet dans le 124e régiment d’infanterie du Wurtemberg en 1910, élève à l’école militaire de Dantzig en 1911, il est nommé sous-lieutenant en 1912. En 1 914-1 91 8 , il combat en France, en Roumanie et en Italie où il pratique avec audace la guerre de montagne et reçoit la croix Pour le Mérite. Après guerre, il intègre la Reichswehr et en 1929 devient instructeur à l’École d’infanterie de Dresde où il rédige L’infanterie attaque qui lui vaut l’estime d’Hitler. Après 1933, Rommel est chargé de l’instruction des SA sans intégrer le Parti. En 1935, il devient lieutenant-colonel et instructeur à l’Académie de guerre de Potsdam, puis est chargé en parallèle de la formation paramilitaire des jeunesses Hitlériennes. En 1938 et en 1939, il commande l’escorte du Führer à Vienne et en Pologne.

Ce n’est qu’en février 1940 que ce fantassin obtient la 7e Panzerdivision où il se signale en France par son indépendance et son cran. Le 6 février 1941, il obtient le commandement de l’Afrika Korps. Il remporte des succès notables avant l’arrivée de Montgomery en 1942. Ses adversaires le surnomment le « Renard du désert ». Repoussé jusqu’en Tunisie, malade, il est relevé de son commandement par Hitler avant la capitulation de la Panzerarmee Afrika en 1943. Il commande dans le nord de l’Italie, puis les forces en Normandie en 1944 où il préconise une défense sur les plages. Entre son retour d’Afrique et le Débarquement, il se rallie à la résistance antinazie dont il doit devenir le chef politique. Toutefois, peu avant le complot du 20 juillet, il est gravement blessé par un avion anglais. Hitler hésite avant de le pousser au suicide le 14 octobre. Le régime déclare qu’il est mort de ses blessures et lui organise des funérailles nationales.


« Monty » : le vainqueur de la guerre du désert

Bernard Law Montgomery (1887-1976) est le neuvième enfant d’un révérend anglican. Malgré la pieuse éducation qu’il reçoit, le jeune Montgomery se signale par un tempéra-ment violent qu’il manifeste déjà à l’Académie militaire de Sandhurst. Affecté dans un régiment d’infanterie aux Indes, il continue d’être aussi bagarreur et il lui faut attendre la Première Guerre mondiale pour trouver enfin de quoi étancher son ardeur au combat. Dès le deuxième mois de combat, il reçoit une blessure grave avant d’être nommé instructeur. Il reçoit à la fin de la guerre le grade provisoire de lieutenant-colonel et une affectation d’état-major. Après guerre, il a diverses affectations en Allemagne, en Irlande, en Palestine, en Égypte et aux Indes, où il pratique avec tact des opérations de maintien de l’ordre. Entre ces activités coloniales, il rédige des manuels de tactique et sert d’instructeur à l’école d’état-major.

En 1939, il reçoit le commandement de la 3e division avec le grade de général. Son sang-froid à conduire une retraite se vérifie pendant l’évacuation de Dunkerque en 1940 où il commande le IIe corps d’armée. Au plan opérationnel, il progresse pas-à-pas, ce qui lui vaut de n’avoir jamais été vaincu et une réputation de lenteur que lui colle la presse américaine et la littérature militaire. Après l’invasion de la Sicile, Montgomery est rappelé en Grande-Bretagne pour commander le 21e groupe d’armées qui débarque en Normandie le 6 juin 1944. Menée sous ses auspices, l’opération Market Garden aux bouches du Rhin en septembre 1944 est un succès mitigé. Son prestige est a nouveau entaillé quand il refuse d’opérer un mouvement en tenaille par le nord pour anéantir les forces allemandes dans les Ardennes en janvier 1945. En janvier 1945, il est nommé commandant en second de l’OTAN. « Monty » a su gagner la popularité dans la troupe, mais a installé une rancoeur tenace chez ses collègues américains. Son caractère tranché n’est peut-être pas étranger au fait qu’il est sans conteste le meilleur général anglais du conflit.

Erratum

« J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le n° 9 d’Axe & Alliés, revue riche et passionnante sur le plan historique. A cette occasion, je tenais à vous signaler une erreur de légende sous une photo, page 70 (photo du haut). Il est mentionné « Rommel, commandant de la 7e Panzer division avec des Britanniques capturés à Cherbourg… ». Ce n’est pas à Cherbourg. Cette photo a été prise à Saint-Valery-en-Caux (76) le 12 mai 1940. Le général à la gauche de Rommel est le général Fortune, commandant la 51e division britannique avec son état-major. Onze autres généraux et environ 40 000 hommes ont été faits prisonniers dans la poche de Saint-Valéry-en-Caux et Veules-les-Roses (généraux Ilher, Chanoine, Gastey, Vauthier, Durand…). 58 chars, 56 canons, 368 mitrailleuses, 1100 camions ont été pris ou détruits par l’ennemi. 300 Écossais sont morts ainsi que des Britanniques et Français (cimetière à Saint-Valéry) ». (Yvan Dumont, Barentin).

Liens utiles

A découvrir aux éditions Perrin, Rommel par Benoit Rondeau.