28 09 21

Opération Ahnenerbe

Comment Himmler mit la pseudo-science au service de la solution finale

Prolongement idéal de notre dossier du dernier numéro sur les racines occultes du nazisme, Opération Ahnenerbe présente la formation et les missions de la fondation pour l’« Héritage des Ancêtres » créée par ordre d’Himmler en 1935. Fasciné par les peuples nordiques, Himmler souhaite démontrer de façon scientifique que les Aryens, dont descendrait la race germanique, sont à l’origine de toutes les grandes réalisations humaines. La fondation Ahnenerbe va donc s’efforcer de valider, essentiellement par des recherches archéologiques ou linguistiques, l’existence des Aryens, leur origine de peuplement et leur invention supposée de l’écriture. Cette recherche se double également d’une importante mission de validation scientifique et de diffusion des idées raciales nazies, au travers de conférences et de publications.

L’ouvrage d’Heather Pringle, une archéologue canadienne, dévoile le niveau d’aveuglement d’Himmler et des membres de cette organisation sur les peuplades de l’Europe du Nord et l’origine des indo-européens, à une période toutefois où le niveau de connaissances sur ces sujets reste encore embryonnaire. La fondation pour l’héritage des Ancêtres rassemblera ainsi une étonnante collection de savants fous, certains complètement illuminés et professant des théories fumeuses sur l’origine du peuple supérieur aryen, d’autres de véritables spécialistes de la préhistoire ou des langues anciennes et qui saisissent cette occasion pour faire financer leurs travaux par le Reichsführer-SS. Le prolongement de ces recherches permettra toutefois de valider, aux yeux des nazis, la supériorité de la race germanique, justifiant ainsi l’extermination des races inférieures : juifs, slaves, roms. Certains membres de la fondation effectueront d’ailleurs des expériences médicales sur des détenus de camps de concentration et seront condamnés à Nuremberg.

Un aspect moins connu de l’Ahnenerbe est que cette organisation servira également de réseau de renseignement, grâce à des expéditions scientifiques à travers le monde juste avant la guerre. Une expédition en Irak en 1938, mené par de véritables spécialistes du monde arabe, permit ainsi de mettre en place de précieux contacts dans ce pays. Une autre expédition au Tibet en 1939 connut un retentissement mondial et assura la notoriété de la fondation.

Dressant une étonnante galerie de portraits, l’auteur nous livre ici une étude passionnante et complète sur l’un des aspects les plus ésotériques – mais dénué de tout fondement – de l’idéologie SS (les théories d’Himmler n’avait pas l’approbation de toute la hiérarchie nazie, et de Hitler en premier lieu qui considérait l’Ahnenerbe comme une perte de temps complète). En revanche, l’ouvrage présente deux défauts, avec tout d’abord une abondance de notes (près de cent pages !) renvoyées en fin d’ouvrage et qui polluent la lecture. Il s’agit essentiellement de références bibliographiques, qui ne présentent qu’un intérêt universitaire. Par ailleurs, l’auteur, comme elle l’admet elle-même, n’est pas une spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, et encore moins des structures national-socialistes comme a pu le devenir Jonathan Littell, auteur des Bienveillantes, et cela se traduit par de nombreuses approximations. Axe & Alliés aura l’occasion d’aborder la fondation Ahnenerbe dans un prochain numéro.