Chers lecteurs,
Si l’horizon de l’historien est la recherche de la vérité, le chemin censé l’y conduire est semé d’écueils ; la partialité en est un. Notre dossier, consacré aux opérations alliées en Normandie durant le mois d’août 1944, en est un parfait exemple. Après des décennies de commentaires dithyrambiques sur la victoire alliée à l’Ouest en été 1944, des historiens, civils comme militaires, se sont penchés de plus près sur ces opérations présentées par l’historiographie traditionnelle comme « exemplaires » et ont contrebalancé la version officielle d’une « victoire retentissante ». Ces chercheurs ont fait leur la devise du philosophe Karl Popper – « tout énoncé doit être réfutable » – et ont tout remis à plat.
En effet, au regard d’ouvrages récents consacrés aux opérations « Totalize » et « Tractable » en août 1944, certaines armées ont débarqué sur les plages normandes avec une formation au combat largement insuffisante ; l’apprentissage s’est fait « sur le tas », avec des officiers sans réelle expérience tactique.
Le lieutenant-colonel et historien canadien Brian Reid, dans son excellent ouvrage No Holding Back, parle de désastre évité de peu par les forces alliées en Normandie, et plus particulièrement par les troupes canadiennes engagées dans les deux opérations qui font l’objet de notre dossier. Reid lève également le voile sur le mystère Wittmann, le célèbre as des Panzer, dont la destruction du char Tigre 007 le 8 août 1944 a été revendiquée par plusieurs unités alliées et a conduit à une véritable « guerre » entre historiens britanniques et canadiens ! Nous en profiterons donc pour aborder la brumeuse disparition du SS-Hauptsturmführer Michael Wittmann dans ce numéro.
Bonne lecture !