Le radar

Clef de la victoire alliée

Le radar (Radio Detection and Ranging ou détection et estimation de la distance par ondes radio) est une avancée technologique majeure de la guerre. Dès les premières années du conflit, la Grande-Bretagne confie au Canada la majeure partie des travaux de recherche sur les radars à hyperfréquences. Les deux pays mettent en oeuvre un vaste programme de formation de spécialistes en électronique. La prouesse technologique des scientifiques alliés fait progressivement pencher la balance en faveur du monde libre. Les premières expériences sur les ondes électromagnétiques datent de 1886 et sont menées par le Britannique H. Hertz.

En 1904, suite à plusieurs essais sur des bâtiments naviguant sur le Rhin, Hülsmeyer dépose un brevet sur un détecteur d’obstacles à ondes radio continues (Telemobilskop) et réussit à mesurer le temps de parcours de l’onde électromagnétique sur le trajet aller-retour entre l’antenne et un navire.

En 1921, W. Hull alors ingénieur à la General Electric Company, fait osciller à fréquence moyenne une diode dans un champ magnétique axial qu’il nomme magnétron et qui permet de transformer l’énergie électrique en énergie électromagnétique sous forme de micro-ondes.

En 1927, Camille Gutton met au point des expériences sur les échos d’ondes électromagnétiques réfléchies sur une surface conductrice. Les États-Unis déclarent le 5 novembre 1930 que leur laboratoire naval a étudié les échos provenant d’objets mobiles.

Quatre ans plus tard, la Compagnie générale de télégraphie sans fil (CGTSF) dépose un brevet pour un dispositif de détection d’objets mobiles comme les avions ou les bateaux en utilisant des ondes radio électriques ultra courtes produites par magnétron. Maurice Ponte, qui dirige une équipe de la CGTSF met en place le premier radar de surveillance pour la navigation maritime en baie de Seine. Le paquebot Normandie sera équipé peu après 1934 d’un système de détection des côtes.

En 1934, le scientifique Watson Watt met au point un dispositif de détection des masses nuageuses grâce au radar météorologique et propose un système de détection anti-aérien qui sera opérationnel en juin 1936. Conscient de la menace grandissante que fait peser l’Allemagne sur l’Europe, l’Angleterre se dote de stations radar : c’est la naissance du Chain Home capable de détecter des avions volant à 15 000 – 20 000 pieds puis du Chain Home Low pour les avions volant à basse altitude.

Le Français Maurice Ponte fait une démonstration de son nouveau magnétron de grande puissance devant les représentants de la Marine et de l’armée de l’Air perplexes. Il continue dès lors ses recherches grâce aux fonds privés. Lorsque la guerre éclate en 1939, seule l’Angleterre dispose d’un double réseau de détection qui fait merveille lors de la bataille d’Angleterre. Le Reich dispose également de radars construits notamment par la firme Telefunken. Mais le caractère offensif du national-socialisme met de côté cette technologie jugée trop défensive au profit de la seule « guerre-éclair ». La Luftwaffe utilise néanmoins des radars montés sur ses Messerschmitt 110 G et des stations radar seront construites le long du mur de l’Atlantique (radar type Wasserman à longue portée).

Malgré quelques hésitations, la France ordonne en septembre 1939 la mise en place de radars sur quelques bâtiments de ligne comme le Richelieu ou le Strasbourg. Ce n’est qu’en 1940 qu’un radar livré par les Britanniques est installé à Paris. Il est détruit trois jours plus tard de peur qu’il ne tombe aux mains des Allemands alors aux portes de la capitale. Le 8 mai 1940, Maurice Ponte remet aux Anglais son dernier magnétron. Le 15 juin, le Richelieu détecte des avions italiens pénétrant dans l’espace aérien provençal et prouve ainsi son efficacité mais il est déjà trop tard.

Travaillant sur le magnétron français, les Anglais améliorent considérablement le radar et de nouveaux modèles sont embarqués à bord des avions de la RAF permettant ainsi de circonscrire en partie le danger que fait peser la « meute » sur les convois de l’Atlantique.

La veille du Jour-J, des radars de guidage Eureka-Rebecca (système équipé d’un émetteur radio pour les troupes au sol et d’un récepteur à bord de l’appareil attendu. L’avion est ainsi guidé à la verticale de l’émetteur où il doit se poser ou larguer les parachutistes) sont mis en place pour le largage des parachutistes Les stations radar allemandes sont progressivement détruites et remplacées par les radars alliés beaucoup plus performants. L’estimation du coût de la recherche et de la construction de radars durant la Seconde Guerre mondiale s’élève à trois milliards de dollars soit un milliard de plus que le projet Manhattan pour la bombe atomique.