Enigma

La machine à code de la Wehrmacht

Le modèle de machine de chiffrement (Funkschlüssel) de type Enigma est mis au point par l’ingénieur néerlandais Koch à la fin de la Première Guerre mondiale. La machine est commercialisée en 1923 en Allemagne par le docteur Scherbius, mais l’opération se révèle être un fiasco. Cependant, elle est achetée par la marine allemande qui la met en service le 9 février 1926. L’Enigma est adoptée en 1937 par la Wehrmacht après avoir été perfectionnée par le service du Chiffre (Chiffrierstelle) du ministère allemand de la Défense. Son fonctionnement est d’une redoutable ingéniosité.

Des impulsions électromagnétiques permettent de coder les messages. Ainsi, lorsqu’une lettre est entrée, une autre lui est associée. Si la touche « A » du clavier est enfoncée, le circuit électrique se ferme, l’impulsion traverse l’ensemble du dispositif, entraîne le décalage des tambours et aboutit au tableau de sortie où s’illumine l’un des voyants, par exemple celui correspondant à la lettre « R ». Le déplacement aléatoire des trois rotors permet de multiplier les combinaisons. Réduite à la taille d’une simple machine à écrire portative, l’Enigma peut émettre et recevoir des messages dont l’inviolabilité semble assurée puisque le nombre de combinaisons dépasse les 150 millions.

Cependant, il est nécessaire que les opérateurs disposent de deux machines identiques et qu’ils changent quotidiennement les clés de codage, c’est-à-dire les réglages des rotors et des fiches de connexions. Cependant, cette procédure contraignante est une faiblesse que vont exploiter les services de renseignement des pays voisins.

Ce sont les Polonais qui découvrent les premiers l’existence du nouveau chiffre allemand. Leur service de renseignement, le Biuro Szyfrow, intègre de brillants mathématiciens alors que la plupart des services étrangers préfèrent utiliser des linguistes ; ce choix va se révéler décisif. De son côté, le 2e bureau français du capitaine Gustave Bertrand dispose d’un informateur au sein du service du Chiffrierstelle. Pour 10000 RM par mois, Hans Thilo Schmidt, dit Asche, fournit aux Français les notices de chiffrement et les tableaux mensuels de code. Ces informations sont ensuite transmises aux Polonais qui réussissent à construire une machine capable de simuler le fonctionnement de deux Enigma et à décrypter les messages. Le 24 juillet 1939, Marian Rejewski remet un exemplaire de la machine à ses homologues français et britanniques.

Après l’invasion de la Pologne, les messages Enigma vont continuer à être décryptés à une cadence accélérée par les équipes de Bertrand et de Alistair Denniston, chef du service de décryptement de l’Intelligence Service.

Rassemblés dans un centre à Bletchley Park, les cryptanalystes du service du code et du chiffre britannique vont prendre la relève. Connu sous le nom de Station X, cette organisation assure la sécurité des codes du gouvernement et de l’armée britannique, mais elle est aussi chargée d’étudier secrètement les communications codées émises par les puissances étrangères. Sous la direction d’Alan Turing, 12000 scientifiques et mathématiciens travaillent sans relâche sur le code allemand, exploitant les premières ressources des sciences électroniques. De puissantes machines de calcul ultrarapides appelées « bombes » leur permettent de trouver en quelques minutes les clés journalières d’Enigma.

Trop confiants dans l’efficacité de leur cryptage, les Allemands ne se rendent pas compte que leurs messages sont interceptés et décryptés par les Alliés qui prennent soin de ne pas commettre d’impairs susceptibles d’éveiller leurs soupçons.

Pendant toute la durée du conflit, les Alliés vont connaître les intentions de l’ennemi et bénéficier d’un grand avantage stratégique sur tous les fronts. Seul le code de la Kriegsmarine va résister. Si Ultra permet de percer en août 1941 le secret de l’Enigma M3, la mise en service du type M4 la plonge dans un black-out de 11 mois. La saisie d’un exemplaire à bord de l’U-559 et l’utilisation des « bombes » consacrent la victoire alliée.

La machine Lorenz

Aux échelons les plus élevés du Haut-commandement allemand (groupes d’armées, état-major) le secret des communications allemandes repose sur des Geheimschreiber. Ces machines fonctionnaient « on line » et assuraient le cryptage des transmissions télex (code Baudot) par câble ou par radio. Les SZ 40 et 42 sont construites par la firme Lorenz (filiale d’ITT) et les T 52 par Siemens.

Bien que personne à Bletchley n’ait jamais vu un appareil Lorenz, les spécialistes britanniques vont réussir à comprendre son fonctionnement. Le déchiffrement des messages durant plusieurs semaines, ce qui est bien trop long pour être d’une quelconque utilité, par une équipe de mathématiciens dirigée par Max Newman, va concevoir le premier « ordinateur » programmable au monde après celui de Babbage afin d’accélérer le temps de déchiffrage. Le Colossus entre réellement en service au début de 1944.