Accueil Et si... ? Que se serait-il passé si… Hitler avait pris Stalingrad

Que se serait-il passé si… Hitler avait pris Stalingrad

Et si... Hitler avait pris Stalingrad.
Le centre de la ville de Stalingrad le jour de la victoire soviétique contre les forces de l'Axe. 2 février 1943.
Et si... Hitler avait pris Stalingrad.
Septembre 1942. La 6e armée allemande progresse dans les faubourgs de Stalingrad. Et si Hitler avait pris Stalingrad ? L’historien américain David Glantz indique qu’il est vain de remettre en question l’utilité des « What if » (Et si…), car la nature humaine a décidé qu’hypothèses et suppositions doivent exister et que les questions qu’elles sous-tendent doivent être abordées.

En 1942, Hitler aurait pu prendre Stalingrad. Et après ? L’URSS aurait continué la guerre, et le cours du conflit germano-soviétique n’aurait pas été changé, ceteris paribus. C’est en tout cas la tendance de l’historiographie, qui soumet aux passionnés et aux historiens une vision déterministe. Très peu pour Axe & Alliés. « On n’écrit pas l’Histoire avec des « si », répète-t-on souvent. Or, justement si ! » (Antoine Prost).

« L’histoire contrefactuelle est une nécessité sons laquelle il serait impossible de trouver les causes réelles » d’un événement (Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire). Exercice difficile, l’uchronie en Histoire propose, « à partir de matériaux fiables, le roman vraisemblable de ce qui aurait pu se passer ». Des historiens anglo-saxons et français se sont interrogés sur le degré d’importance d’un événement (bataille décisive, tournant de la guerre…) et sur sa portée, en prenant en compte tous les paramètres possibles — politiques, économiques, psychologiques, culturels… — qui interagissent les uns avec les autres. Ils ont cherché d’autres alternatives pour mieux expliquer l’événement tel qu’il s’est réellement passé, pour analyser ses causalités. Il ne s’agit pour pas autant de « produire du vrai ou du faux, mais d’inciter les lecteurs à des alternatives crédibles, subissant à leur tour la pression des structures historiques (…) » (Fabrice d’Almeida et Anthony Rowley, Et si on refaisait l’histoire).

L’historien américain David Glantz, spécialiste du conflit germano-soviétique et de l’Armée rouge, a été l’un des premiers à réfléchir à l’impact qu’aurait pu avoir tel ou tel événement sur le cours de la guerre à l’Est. En fait, cette approche est l’anti ceteris paribus sic stantibus (toutes choses étant égales par ailleurs). Jean Lopez ne manque pas de nous rappeler à propos de Stalingrad que « les batailles font aussi l’Histoire. Si un seul combat ne peut déterminer l’issue de toute la guerre, il en est qui pèsent plus lourd que d’autres. L’oublier, c’est risquer de passer par pertes et profits les facteurs psychologiques et politiques, tenir la volonté de se battre pour quantité négligeable. » (Stalingrad, la bataille au bord du gouffre, Économica, p. 463).

Et si... Hitler avait pris Stalingrad.
La 62e armée soviétique est au bord de l’effondrement dès octobre 1942. Mais elle va bénéficier d’une erreur de Hitler qui éparpille les réserves de la 6e armée de Paulus qui dès lors n’a plus assez de forces pour prendre la ville.

Le sort de la guerre est joué d’avance

C’est la thèse que l’historien Alan J. Levine développe dans un article paru en 1985 dans la revue The Journal of Strategic Studies (volume 8, issue 1, Was World Wor ll a Near-run Thing? pp. 38-63). Selon lui, un très grand nombre d’idées fausses résistent à la quantité d’articles et de livres parus sur la Seconde Guerre mondiale. L’une d’elles affirme que les nazis sont passés très près de la victoire. Or, pour cet historien, les chances de victoire allemande sont nulles. Si dès 1940 « l’Allemagne est dons un cul-de-sac », c’est à partir de décembre 1941 et l’entrée en guerre des États-Unis que le Reich est définitivement perdu. Même en terrassant l’URSS, la puissance des Alliés de l’Ouest, notamment aérienne, aurait fait la différence. Malgré une victoire sur Staline, l’Allemagne aurait été asphyxiée puis écrasée et aurait capitulé de la même manière. Certes, mais dans l’analyse de Levine, la bataille de Stalingrad est négligemment mésestimée.

Hitler a une belle occasion de prendre Stalingrad — rappelons qu’au début du plan « Fall Blau », Stalingrad n’est en aucun cas un objectif prioritaire. Entre le 10 et le 20 juillet 1942, rien ou presque ne vient s’intercaler entre la 6e armée de Paulus et la cité sur la Volga. Seuls les débris de la 38e armée soviétique fuient la progression allemande sans représenter de danger. Mais Hitler commet plusieurs erreurs qui l’empêcheront de prendre la ville. D’abord, il donne la priorité logistique aux armées qui foncent vers le Caucase. Comme le souligne Jean Lopez, les Soviétiques se rapprochent de leurs bases alors que les hommes de la 6e armée s’en éloignent. Puis Hitler déroute inutilement la 4e armée de panzers vers le sud pour appuyer Kleist, qui franchit le Don. Or, si elle avait porté l’effort sur Stalingrad en duo avec la 6e armée, le sort de la ville aurait été scellé. Le 31 juillet, la 4e armée de panzers fait demi-tour. Trop tard, la fenêtre d’opportunité s’est déjà refermée. En septembre, Paulus lance les offensives dans la ville sans aucune réserve. Face à lui, la 62e armée soviétique de Tchouikov est à bout de souffle et ne dispose d’aucune unité pour la relever. Les réserves, qui auraient permis à Paulus de prendre la ville, existaient pourtant bien au début des opérations, mais Hitler les a éparpillées. On peut aisément imager le carnage suite au choc entre les 9e et 11e divisions de panzers, la Grossdeutschland et la 1ere division SS Leibstandarte contre une faible 62e armée soviétique !

Affiche de film "Bataille de Stalingrad". La bataille de Stalingrad est un deux pièces 1949 film de guerre épique soviétique sur la bataille de Stalingrad, réalisé par Vladimir Petrov
Une victoire allemande à Stalingrad et l’Armée rouge n’aurait pas pu réussir dans sa contre-offensive de novembre 1942. Les formations blindées de Vatoutine, qui mèneront de formidables offensives en Ukraine en août et septembre 1943, auraient été sérieusement affaiblies par la résistance de l’Ostheer.

Si Hitler avait pris Stalingrad

Quid de l’état moral de l’Armée rouge et de la population soviétique après le désastre de Kharkov (mai 1942) et la perte de Stalingrad ? On peut décemment envisager que la prise de la ville n’aurait pas été un revers de plus, mais bien le revers de trop pour l’Union soviétique. Le moral des combattants, déjà mis à mal, aurait fini de s’effondrer, et les désertions se seraient multipliées. À l’arrière, les usines, étroitement contrôlées par les commissaires politiques qui imposent des conditions de travail épouvantables, se seraient soulevées. Le peuple russe, soumis à un effort incroyable à coup de privations massives et sous une menace permanente, aurait été ébranlé et se serait certainement révolté, tout comme les populations du Caucase, pleines de ressentiment à l’égard de Moscou.

À Stalingrad, Staline joue la survie de son régime. Durant quelques mois, le spectre de la Russie impériale, dont les bases avaient été ébranlées entre autres par les échecs de la Grande Guerre, plane au-dessus de la ville des confins. Hitler maître de Stalingrad en octobre 1942, avec une 6e armée renforcée, la contre-offensive soviétique de novembre aurait heurté une force capable de la repousser. L’Ostheer aurait alors eu la possibilité de contre-attaquer les formations mécanisées soviétiques grâce au XXXXXVIIe Panzerkorps (prévu pour le plan de dégagement de Paulus — opération « Wintergewitter ») renforcé par la 1ere armée de panzers — mais impliquant de fait l’arrêt de l’offensive dans le Caucase dès novembre 1942. Stalingrad dans les mains de Hitler et des troupes repliées sur de bonnes positions dans le Caucase, l’Ostheer aurait passé l’hiver « au chaud », dans des conditions favorables, et aurait été prête pour les opérations du printemps : assauts sur Grozny, Astrakhan et Bakou. Au pire des cas, le Reich aurait fermé le robinet aux Soviétiques, obligés dès lors de limiter leurs opérations offensives, faute de carburant. Certainement, la prise de Stalingrad aurait offert à Hitler les moyens de relancer une offensive d’envergure dès le printemps 1943.

Et si... Hitler avait pris Stalingrad.
Si Stalingrad était tombée, la cohésion de l’Armée rouge et sa fidélité envers le Vojd auraient été sérieusement ébréchées. Staline joue véritablement la survie de son régime à Stalingrad.

Mais l’Allemagne aurait-elle eu la possibilité de gagner la guerre après avoir réglé la question soviétique ? Nous pensons que non. Les Alliés l’auraient emporté probablement en 1946 ou 1947 et en utilisant la bombe atomique sur le Reich. En revanche, l’Armée rouge, privée de ses ressources et saignée à blanc par l’Ostheer, n’aurait pas pu mener sa formidable chevauchée jusqu’à Berlin. À peine aurait-elle pu rejoindre Kiev ! Durant l’été 1942, l’Histoire a donc hésité. Si Hitler avait pris Stalingrad, la carte de l’Europe aurait alors eu un autre découpage et le monde un autre visage.


Ludothèque : un jeu pour rejouer l’histoire de la bataille de Stalingrad, SGS Battle for Stalingrad.