27 09 21

La Waffen-SS

La Waffen-SS

Spécialiste du thème de la « Waffen-SS », Jean-Luc Leleu nous livre ici un travail remarquable sur cette Arme si singulière. Le sujet bien que passionnant, souffre habituellement, il est vrai, d’innombrables poncifs qui, in fine, polluent sa bonne compréhension. Jean-Luc Leleu donne le ton en démontrant que son étude ne se cantonnera pas à la simple « histoire bataille » ou à la monographie. Se basant sur les travaux de Bernd Wegner, professeur d’histoire à l’université d’Hambourg, il pose une problématique qui renouvelle le genre en privilégiant les points de vue sociologique et professionnel.

Qui étaient les hommes qui composaient la Waffen-SS ? Comment ont-ils été préparés à la bataille ? De quelle façon ont-ils été conditionnés pour se battre ? A quelles tâches outils été employés ? Quel fut leur comportement au feu ? Dépassant les clichés habituels, les analyses de l’auteur nous plongent dans l’envers du décor, au-delà des mythes qui se sont durablement forgés.

Si la SS rêvait d’accroître son emprise politique en se servant de cette nouvelle branche armée, il s’agissait pour ses maîtres de supplanter l’armée traditionnelle, la Wehrmacht, qu’Hitler trouvait trop réactionnaire, et de créer une communauté du peuple nationale-socialiste en arme capable de véhiculer l’idéologie du régime. Les recherches effectuées par l’auteur nous montrent ainsi l’immense travail de « ressource humaine » dont a du faire preuve la SS et les difficultés rencontrées dans le recrutement (gestion des particularismes régionaux allemands, grande diversité des volontaires étrangers, ce qui d’ailleurs, n’a pas été sans poser de problèmes avec l’idéologie raciste et xénophobe de la SS). L’outil militaire SS est bien sûr étudié mais gardant à l’esprit la singularité de la Waffen-SS dans laquelle transparaissent les luttes d’influence, les rivalités, les jalousies au sein de cette Arme qui devait se caractériser par son unité.

Explorant le conditionnement et les motivations des engagés, l’auteur nous montre que la Waffen-SS n’a jamais été une institution militaire classique, tout en soulignant la trop grande pollution que la propagande de l’époque injecte dans notre lecture historique (la place de l’éducation politique dans les programmes était bien moins importante que ce que les nazis ont pu affirmer). Jean-Luc Leleu nous rappelle les relations ambigües entre la Wehrmacht et la Waffen-SS. Car si beaucoup de généraux ont pu critiquer cette dernière dans leurs Mémoires, ils ne rechignèrent jamais à tirer profit de cet appoint majeur qu’étaient les grandes formations motorisées SS qui de toute évidence, n’auraient joué, en cas de victoire du Reich, qu’un rôle secondaire face à l’armée régulière.

Dans un style clair et précis dont la lecture peut nécessiter toutefois quelques connaissances de base, La Waffen-SS modifie profondément notre regard sur cette troupe paramilitaire grâce à une analyse libérée du carcan qu’imposent les réminiscences de la propagande nazie.

Jean-Luc Leleu, Perrin, 1237 pages, 31 images, 22.80 €.